A l’origine du Musée Courbet à Ornans, l’Institut Gustave Courbet

La maison natale de Gustave Courbet à Ornans est mise en vente à la fin de l’année 1938. Deux journalistes, Abel Grandfils et Suzanne Peuteuil, alertent la presse et l’opinion. Le 6 janvier 1939, l’association des Amis de Courbet est alors créée « dans le but d’acquérir la maison natale de l’artiste à Ornans et de la transformer en musée ». Le peintre Robert Fernier en est le premier président.

« Nous savons qu’il faut beaucoup de temps, d’efforts, de dévouement et d’argent aussi- hélas ! - avant que nous puissions revenir inaugurer ce musée. Mais, nous savons, la vie elle-même étant une longue patience, que la ténacité, la volonté et la foi nous serviront grandement » écrivait alors Abel Grandfils, secrétaire de l’association.

Mais en 1939, faute de temps pour lever les fonds nécessaires à son acquisition, la maison devient la propriété d’un artiste lyrique de renom, Paul Romain de Casteras dit Romain Carbelly.

L'association décide alors de valoriser la mémoire de Gustave Courbet d'une autre manière. Le 23 juillet 1939, sous la présidence de Jules Jeanneney, Président du Sénat, la première exposition Courbet à Ornans est inaugurée dans les Salons de l'Hôtel de Ville. Robert Fernier, Président de l’association en assure le Commissariat.

Georges Pernot, député du Doubs et Robert Fernier lors de l’inauguration de la première exposition Courbet à Ornans.

1947 se révèle ensuite une année importante qui marque un tournant dans la réhabilitation de Courbet. Le combat continue pour honorer la mémoire de Courbet. Le 23 juillet 1947 est créé un musée temporaire réunissant 5 tableaux du peintre. René – Jean, critique d'art au journal Le Monde le baptise « Le plus petit Musée du Monde. ». Suscitant aussitôt l’enthousiasme, il attire beaucoup de donateurs comme Gaston Delestre, Louis Baille et Maurice Thomas. L'association rassemble aussi peu à peu une documentation qui comprend livres, lettres, manuscrits et photographies constituant la photothèque Courbet.

Le musée Courbet dans les salles de l’Hôtel de Ville d’Ornans

En septembre 1957, le Musée Courbet installé dans les salons de l'Hôtel de Ville d'Ornans s’agrandit de deux salles. Cette nouvelle étape permet d’organiser en 1962 sous le commissariat de Gaston Delestre une exposition regroupant des œuvres venues du Louvre, du Petit-Palais, des musées des beaux-arts de Montpellier, de Besançon, de Nancy, de Strasbourg, de Pontarlier, de Leeds, de Vevey et de Liège. Cette même année, on crée à Ornans un « spectacle lumière » éclairant les bords de la Loue et ses maisons anciennes, l’église d’Ornans et la sculpture du Pêcheur de chavots. Puis en 1966 a lieu l’exposition« Gustave Courbet ses élèves, ses amis » et en 1969 l’hôtel de ville accueille celle célébrant le 150ième anniversaire de sa naissance.

Vues de l’exposition « Gustave Courbet, ses élèves, ses amis », Hôtel de Ville d’Ornans, 1966

Toujours en 1969, la maison est de nouveau en vente. « La Société des Amis de Courbet, ne peut, une seconde fois, laisser passer en d'autres mains que les siennes cet immeuble chargé d'histoire où le plus illustre des peintres français du XIXe est né ; c'est pourquoi le Comité a décidé d'ouvrir une souscription parmi les membres de la Société, se réservant de l'étendre à l'échelon national, voire international. Il a, d'autre part, le projet de pressentir une vingtaine de peintres et sculpteurs de grande réputation pour qu'ils offrent une de leurs œuvres au profit de cet achat. Les œuvres seront vendues en décembre 1969 au Palais Galliera, à Paris, par l'intermédiaire de l'un des plus réputés commissaires-priseurs. »


Cette initiative revient à Georges Besson, collectionneur et critique d’art, qui mobilise pour l’occasion son réseau et ses amis artistes.

Répondent à l’appel : Lorjou, Dunoyer de Segonzac, François Desnoyer, Brianchon …Le Président Robert Fernier ne peut que se féliciter de la vente menée le 10 juin 1970 au Palais Galliera.

Georges Besson, critique d'art et Robert Fernier. Page de couverture du catalogue de la vente au Palais Galliera au profit de la société des amis de Gustave Courbet

Le 18 mars 1970, Francesco Malfatti di Montetretto, ambassadeur d'Italie en France, en présence de M. Gaston Palewski, ancien ambassadeur de France à Rome et Président du Comité France – Italie, a remis à l'association un chèque de 39 000 francs. Il correspondait à la recette des entrées enregistrées lors de l'exposition Courbet qu’avait organisée à la Villa Médicis à Rome le peintre Balthus, nommé plus tard en 1991 Président de l’Association.

Un bilan est alors dressé, l'association dispose d'une somme de 67 700 francs, qui ajoutée aux fonds déjà en caisse, permet l'acquisition de la maison. Vendue 49 000 francs en 1939, elle est cédée 60 ans plus tard par la veuve de Paul Romain de Casteras dit Romain Carbelly,129 000 francs.

« Mais comment avons-nous pu réussir cette opération, laquelle, aux soins de trop d'incrédules, paraissait utopique ? Simplement, parce que nous avions la foi, aimions Courbet dans son art et dans sa nature. Nous n'avons jamais désespéré d'atteindre le but que nous nous étions fixés au départ, et l'on nous a soutenus dans nos actions. » écrivit Robert Fernier.

Cette acquisition marque une étape importante, mais encore fallait-il lui donner vie. Le Département du Doubs apporta alors un soutien décisif en accordant à l’association une subvention exceptionnelle de 50 000 francs. Cette aide essentielle permit d’engager les premiers travaux d’aménagement et de restauration, rendant possible l’ouverture du musée au public. Par ce geste fondateur, la collectivité départementale s’associa durablement à l’œuvre entreprise par l’Institut Gustave Courbet, assurant à cette maison au bord de la Loue une vocation patrimoniale et culturelle au service de tous.

Epilogue

Le 10 sept 1971, Jacques Duhamel, ministre des Affaires culturelles, entouré des plus hautes personnalités du département du Doubs et de Suisse, ainsi que des représentants de la presse internationale et de très nombreux amis de Courbet inaugure le musée Courbet à Ornans au bord de la Loue. Une journaliste de l’ORTF lui posa cette question : « Quelle signification accordez-vous à l’inauguration de musée ? ». Le ministre Duhamel répondit : « En quelque sorte, c’est un retour, voilà vraiment Courbet chez lui, à Ornans, et vraiment chez lui dans sa ville natale. (….) Il est normal qu’il y ait un musée de fait dans sa ville natale. Il a fallu 33 ans pour y parvenir depuis que l’idée a été lancée. Aujourd’hui c’est fait et c’est admirable. »

Vers la pérennisation de l’action

Dans un souci de pérennité et de transmission, les fondateurs du musée firent ensuite le choix d’un geste profondément désintéressé : la cession du musée Courbet pour un franc symbolique, accompagnée de la donation des collections qui la constituaient (98 œuvres -dont 18 de Courbet – des objets et du mobilier). Conscients de la nécessité d’assurer l’avenir de l’institution qu’ils avaient patiemment édifiée, ils souhaitèrent confier cet héritage à une structure publique en mesure d’en garantir durablement le fonctionnement, l’entretien, l’enrichissement des collections et l’organisation d’expositions ambitieuses. Par cet acte de confiance envers la collectivité, ils inscrivaient leur action dans le temps long du service public. L’association, devenue Institut Gustave Courbet, demeura toutefois pleinement engagée dans la vie du musée, en assurant son animation scientifique et culturelle jusqu’en 2007 sous la direction de Jean-Jacques Fernier son conservateur, prolongeant ainsi l’esprit des fondateurs tout en accompagnant la transition vers une nouvelle étape institutionnelle.

L’Institut Gustave Courbet aujourd’hui

L’Institut se positionne aujourd’hui comme une société savante faisant la promotion de l’Œuvre de Gustave Courbet. Sa vocation est d’enrichir, développer et approfondir la connaissance de l’artiste, de sa vie et de son œuvre. Ses actions sont multiples : valoriser et montrer sa collection au travers d’expositions temporaires dont il assure le commissariat, éditer les Cahiers de l’Institut, revue annuelle d’histoire de l’art ; concevoir et rédiger des catalogues d’exposition ; animer les journées des copistes pour le musée d’Ornans ; organiser, numériser et rendre disponible ses archives historiques ; héberger le Comité Courbet qui est devenu l’autorité de marché sur l’attribution des tableaux à Gustave Courbet qui poursuit les travaux de Robert Fernier et Jean-Jacques Fernier.

Expositions coorganisées par L’institut Gustave Courbet depuis 2016 :

Centre d’art contemporain de l’abbaye d’Auberive (2016) : « Gustave Courbet et la nature, regards croisés avec des artistiques contemporains », LOCHES / Maison-Musée Lansyer (2016) : « Gustave Courbet s’invite chez Lansyer », SAINTES / Musée de l’Echevinage (2019) : « Gustave Courbet, une histoire intime », FLAGEY / Ferme familiale de Courbet (2019) : « Courbet / Isabey, le peintre et l’architecte », SAINT-CLAUDE / Musée de l’Abbaye, donations Guy Bardone - René Genis (2021) : « Gustave Courbet, l’école de la nature », TROUVILLE-SUR-MER / Musée Villa Montebello (2022) : « Gustave Courbet, de la source à l’océan », TOURS / Hôtel Goüin (2024) : « Courbet intime », ORNANS / Musée Gustave Courbet (2025) : « Devenir Courbet », HYERES / La Banque, musée des Cultures et du Paysage (2026) : « Gustave Courbet, du chant de la nature aux voix de la révolte », ALENÇON, Musée des Beaux-arts et de la Dentelle (2026) : « Gustave Courbet, une nature engagée ».

Le Comité Courbet, créé en 2016, continue de mettre à jour le catalogue raisonné de l’artiste et émet des avis sur œuvres reconnus de manière exclusive par le marché international de l’art, fort de 80 ans d’expérience et de plus de 5 000 dossiers d’œuvres référencées.

Le patrimoine privé de l’Institut Courbet comprend 1 000 œuvres et documents (dont 39 œuvres de Gustave Courbet : 28 peintures, 10 dessins, 1 sculpture). Il se compose aussi d’une bibliothèque et d’un important fonds ancien d’archives, dédiés à l’artiste et ouverts aux chercheurs. Cet ensemble patrimonial conséquent permet de mieux appréhender l’artiste, son œuvre et l’influence qu’il a exercée à son époque, jusqu’à maintenant.

L’Institut Gustave Courbet est un partenaire scientifique et culturel privilégié du Musée Courbet à Ornans et du Conseil départemental du Doubs. Une convention pluriannuelle en définit les modalités et prévoit notamment le prêt d’œuvres pour le parcours permanent et les expositions temporaires du musée, l’accès aux archives de l’Institut, l’organisation des Journées des copistes ainsi que le co-commissariat de certaines expositions. Elle prévoit également le développement d’une collaboration documentaire destinée à faciliter l’accès aux ressources des deux institutions, ainsi que le soutien du Département du Doubs aux activités scientifiques de l’Institut, notamment les expositions proposées en dehors du musée d’Ornans.

Il y a 50 ans

En 2026, l’Institut Gustave Courbet fête les 50 ans de la donation au Département du Doubs du musée Gustave Courbet et de sa collection !

Un bel anniversaire !

Nos recherches consacrées à Cherubino Patà…

Un grand merci à Radio Chablais et Sophie Cramatte, spécialiste de l'œuvre de Gustave Courbet d'avoir relayé notre appel à recherches d'œuvres signées Cherubino Patà et d'archives le concernant.

Radio Chablais - À La Tour-de-Peilz, sur les traces de Courbet… et dans l’ombre de Patà

Petit rappel:

Dans la perspective d’une publication scientifique que l’Institut Gustave Courbet prépare à l’occasion du bicentenaire de la naissance de Cherubino Patà (1827–1899) en 2027, nous lançons un appel à recherches concernant les œuvres de Cherubino Patà signées Pata.

Parution du Cahier de l’Institut Gustave Courbet (n°3), une nouvelle publication de référence

Nous avons le plaisir de vous annoncer la parution du Cahier n°3 de l'Institut Gustave Courbet, publié en co-édition avec Silvana Editoriale.

Ce nouveau volume s’inscrit dans la collection des Cahiers de l’Institut Gustave Courbet, dédiée à l’approfondissement des recherches sur l’œuvre et l'environnement de Gustave Courbet.