Gustave Courbet, une nature engagée au Musée des beaux-arts et de la dentelle à Alençon


L’exposition Gustave Courbet, une nature engagée présentée du 7 juillet 2026 au 3 janvier 2027 au musée des Beaux-Arts et de la Dentelle d’Alençon, en collaboration avec l’Institut Gustave Courbet, est la première exposition d’envergure consacrée à l’artiste dans le département de l’Orne.


Né à Ornans en 1819, Gustave Courbet est une figure centrale de la peinture du XIXe siècle et considéré comme le fondateur du Réalisme. Ce courant, apparu dans les années 1850, entend rompre avec l’idéalisme de la peinture néoclassique et l’imaginaire du Romantisme pour représenter le réel dans toute sa vérité, sans embellissement ni hiérarchie de sujets.

Auteur de tableaux emblématiques tels qu’Un Enterrement à Ornans (1849-50 - Musée d’Orsay, Paris), Les Baigneuses (1853 - Musée Fabre, Montpellier) ou encore le très anticlérical Retour de la conférence (1863 - œuvre aujourd’hui disparue), Gustave Courbet s’impose comme un artiste libre, provocateur et novateur, dont la peinture interroge autant qu’elle dérange.
Grand peintre de paysages, Courbet consacra près des deux tiers de sa production à la représentation du monde naturel. Il fit surtout de la vallée de la Loue, en Franche-Comté, l’un de ses motifs les plus emblématiques. La source de la Loue, peinte à de nombreuses reprises, incarne pour lui la force originelle du paysage, un lieu de mystère et de puissance. À travers les cascades, les sous-bois, les gouffres et les eaux tourbillonnantes de sa région natale, Courbet donna à voir une nature à la fois réaliste et habitée qu’il revendiqua comme une part de lui-même.

Homme de convictions attaché aux valeurs de la République, Gustave Courbet, animé par l’amour de la liberté et l’esprit de fraternité entre les peuples, prit part aux évènements de la Commune de Paris après la défaite de la France face à la Prusse en 1870. Accusé de la destruction de la colonne Vendôme alors qu’il n’avait préconisé que son « déboulonnement », considérant que cette pièce de piètre qualité esthétique était le symbole de la guerre et du martyr des peuples, Gustave Courbet fut arrêté le 7 juin 1871, puis condamné à six mois d’emprisonnement et incarcéré dès septembre à la prison parisienne Sainte-Pélagie. Après cette première peine, il fut de nouveau jugé en 1873 et condamné à payer une amende pour financer la reconstruction de la colonne Vendôme. Ne pouvant s’acquitter de cette dette, il risquait à nouveau d’être emprisonné. L’horizon judiciaire très sombre qui pesait sur lui en juin 1873 le contraignit à l’exil. Il s’établit en Suisse à La Tour-de-Peilz où il s’éteignit le 31 décembre 1877, à l’aube de rembourser la première traite de la reconstruction de la colonne Vendôme.

L’exposition Gustave Courbet. Une nature engagée n’est pas une rétrospective. Elle propose un regard actuel sur l’œuvre de Gustave Courbet. Elle ambitionne de mettre en lumière l’engagement artistique du peintre à
travers ses paysages et de revenir sur son engagement politique et humaniste. L’engagement est la nature profonde de cet artiste libre, adulé puis poussé à l’exil dans la société en crise à la fin du XIXe siècle et enfin
réhabilité dans le courant du XXe siècle.

Cette double dimension de l’engagement de Courbet, artistique et politique, s’illustre dans les deux œuvres du maître conservées au musée des Beaux-arts et de la Dentelle. Elles jouissent dans cette exposition d’une mise en perspective inédite grâce à leur réunion exceptionnelle avec le fonds de l’Institut Gustave Courbet : Gustave Courbet, Sous-bois, 48,5 x 65, Gustave Courbet, Bouquet, 22 x 29.

C’est à cet artiste épris de liberté rejetant les codes académiques et usant du scandale pour construire sa carrière, mais aussi au citoyen engagé qui paya durement le prix de ses convictions, faisant de son art un combat jusqu’à la fin de sa vie au bord du lac Léman, témoin de son exil, que l’exposition rend
hommage grâce aux prêts exceptionnels accordés par l’Institut Gustave Courbet, le musée d’Art et d’Histoire de Lisieux et le musée du Château de Flers.
L’exposition rassemble 80 œuvres et documents dont 23 tableaux du maître. Elle s’ouvre par une séquence introductive à vocation pédagogique, qui propose une sélection de gravures d’interprétation des plus grandes œuvres de Courbet comme L’Après-dînée à Ornans, L’Atelier du peintre ou Un Enterrement à Ornans. Cette entrée en matière, agrémentée de documents, objets personnels et photographies, offre au visiteur une immersion dans l’univers de Courbet, posant les bases de lecture du parcours.

L’exposition se poursuit par l’exploration de cette nature plurielle, à la fois intime et universelle, célébrée avec une intensité sans égale par Gustave Courbet, grâce à la présentation d’une vingtaine de paysages.
La sélection des œuvres s’attache particulièrement aux forêts, rivières et paysages de montagne, en écho aux paysages remarquables que l’on peut observer autour d’Alençon située en bordure des Alpes mancelles et de
la Suisse normande.
Cette séquence se prolonge dans le parcours permanent des collections par la mise en lumière de morceaux choisis afin de souligner les affinités esthétiques et humaines qui unissent l’artiste à certains de ses
contemporains, en particulier Eugène Boudin, Jules Dupré, François-Louis Français ou encore Emmanuel Lansyer. Des peintres régionaux ayant partagé avec Courbet une sensibilité commune à la nature sont également mis à l'honneur. Mary Renard, Paul Saïn, Georges Pioger et Georges Lacombe ont abondamment représenté les trésors des paysages
ornais que sont les bords de Sarthe et les massifs forestiers d'Écouves, de Perseigne et de Bellême. Ces rapprochements proposent au visiteur un éclairage renouvelé sur la peinture de paysage du XIXe siècle.
L’exposition se referme sur son engagement politique au moment de la Commune de Paris et son implication supposée dans la destruction de la colonne Vendôme, mais aussi son investissement dans la protection des
collections nationales et la réorganisation des musées en tant que président de la Commission des arts préposée à la conservation des musées nationaux et objets d’art et plus tard comme président de la Fédération des artistes.

Renseignements :

Gustave Courbet une nature engagée, du 7 Juillet 2026 au 3 Janvier 2027 au Musée des beaux-arts et de la dentelle Alençon

Les expositions temporaires - Musée des Beaux-arts et de la Dentelle

Réalisme animal, l’exposition estivale du musée départemental Gustave Courbet

Entre 1848 et 1914, le regard porté sur les animaux évolue profondément en France. Les animaux ne sont plus considérés comme de simples sujets décoratifs : ils deviennent des êtres à part entière, liés aux enjeux sociaux, politiques et culturels de leur époque.

L'art animalier s'inspire des peintres hollandais, notamment Paul Potter, qui privilégient l'observation directe de la nature. Cette approche influence des artistes comme Gustave Courbet et Jacques-Raymond Brascassat, qui placent la nature et les animaux au cœur de leurs œuvres.

Dans les années 1840, l'État utilise aussi l'art animalier pour promouvoir les progrès de l'agriculture et de l'élevage. Des artistes comme Rosa Bonheur célèbrent les animaux d'élevage et la modernisation du monde rural.

À partir du milieu du XIXᵉ siècle, une nouvelle sensibilité apparaît avec la création de la Société protectrice des animaux (SPA) et la loi Grammont. Les artistes représentent alors la souffrance animale afin de susciter la compassion et de défendre la cause animale.

Le débat sur les émotions et l'intelligence des animaux conduit également au développement de l'anthropomorphisme : les artistes donnent aux animaux des expressions humaines pour montrer leur proximité avec l'être humain.

Enfin, le naturalisme transforme la représentation des animaux. Les artistes les observent directement dans la nature ou au Muséum d'histoire naturelle afin de les peindre avec précision et réalisme, en respectant leur comportement et leur environnement.

Au travers de plus de 70 œuvres de nombreux artistes tels Rosa Bonheur, Gustave Courbet, Emmanuel Frémiet ou François Pompon, cette exposition présente ce que nous dit l’art animalier des relations sociales entre l’homme et l’animal au XIXe siècle et se veut révélatrice des grandes préoccupations sociales touchant l’animal dont certaines entrent en résonance avec celles de notre époque, et étonnent quant à leur actualité.

L’exposition bénéficie du soutien exceptionnel de l’établissement public du Musée d’Orsay.

Commissariat : Benjamin Foudral ; Thierry Laugée, Professeur d’Histoire de l’Art à l’Université de Nantes ; Olivier Vayron, Historien de l’Art

Renseignements :

Réalisme animal, du 27 juin au 08 novembre 2026 au Musée départemental Gustave Courbet Ornans

Réalisme animal – Musée Courbet

Il y a 50 ans…

Il y a 50 ans, Robert Fernier, Président de l’Association des Amis de Gustave Courbet (aujourd’hui Institut Gustave Courbet) et Pierre Beziau, Préfet de la Région Franche-Comté, Préfet du Doubs, signaient, le 15 avril 1976, l’acte de cession au département du Doubs du Musée Courbet, créé et inauguré en 1971 avec la donation des collections.

Entretien avec Hervé Novelli, ancien ministre et président de l’Institut Courbet.

Propos recueillis par Chantal Humbert

Que représentent pour vous les célébrations des 50 ans de la donation faite en 1976 : un anniversaire, un acte fondateur, un tournant ?
En fait, elles représentent les trois. L’anniversaire rend hommage à l’Association des Amis de Gustave Courbet, un groupe de passionnés ayant en commun leur admiration pour le grand artiste d’Ornans. Sous l’impulsion du peintre Robert Fernier, elle mobilisa avec persévérance, durant presque 35 ans, amateurs et mécènes pour acheter la maison au bord de la Loue et constituer un ensemble remarquable de tableaux, dessins et documents créant le musée Courbet. Puis, les membres de l’Association souhaitant inscrire le projet dans un temps
long, décidèrent de le vendre à l’État.

Un acte fondateur ?
Robert Fernier, président de l’Association, le fait avec le département du Doubs, à qui il céda les murs pour un franc symbolique et lui donna la collection estimée par les assurances à 2 728 460 euros. Cet acte fondateur
de 1976 assura au musée Courbet une pérennité puisque le département du Doubs, propriétaire du musée et des collections, avait la charge de l’entretien. L’année suivante Jean-Jacques Fernier accepta bénévolement
la charge de conservateur pour prolonger l’action de son père, l’Association des amis de Gustave Courbet ayant accepté la mission d’animer le lieu notamment en organisant chaque année une exposition estivale.
Enfin un tournant ?
Oui, la donation a été aussi un tournant bénéfique pour la ville natale de Courbet, aujourd’hui centre culturel et touristique incontournable de la vallée de la Loue. L’architecte internationalement reconnu Jean-Jacques Fernier dirigea le musée de 1977 à 2008 fédérant enthousiasme et initiatives. L’attractivité du musée grandissant, la vie culturelle s’est faite brillante à Ornans. On se souvient bien sûr de certains vernissages comme la
présentation inédite de l’Origine du monde en 1991.
Plusieurs expositions ouvrant à l’art du XXe siècle ont souligné des correspondances entre des peintres contemporains et l’œuvre de Courbet qui les avait inspirés (Buffet, Masson, Messagier, Rebeyrolle…).

Comment l’Association dut faire face à la réalité administrative et politique résultant de la décentralisation ?
En lien avec le département et ses présidents successifs, Jean-Jacques Fernier travailla en osmose avec les présidents de l’Association.
Devenue en 2000 l’Institut Gustave Courbet, il a poursuivi au musée des expositions de référence, organisé des animations très attendues comme la semaine des copistes et continué la quête d’acquisitions afin d’offrir aux visiteurs une approche plus large de l’art de Courbet comme le prévoyaient
ses statuts. En 2006, la médiation Bézard a réparti les patrimoines des œuvres acquises depuis 1976, celles propriétés du musée départemental Gustave Courbet et celles appartenant aux collections de l’Institut Gustave Courbet selon le principe qu’une œuvre ayant reçu un euro de subvention
publique appartenait à la collectivité. En 2008, un conservateur du patrimoine statutaire fut nommé et un partenariat différent se mit
en place, l’Institut poursuivant, avec et hors le musée, des opérations d’animation et des expositions issues de son patrimoine privé :
Barcelone, Saint-Domingue, Trouville…

Qu’en est-il du partenariat avec le Musée Courbet ?
Les deux établissements voisins à Ornans agissent tous deux pour la mémoire du peintre. Ainsi dès la ré-ouverture du musée, l’Institut reconnu en 2011 organisme d’intérêt général a travaillé en partenariat avec le Conseil départemental du Doubs. Sa présidente, Christine Bouquin, nous soutient fidèlement et chaleureusement. Une convention de partenariat culturel et scientifique lie nos deux institutions. Les journées des copistes organisées depuis 1991 deviennent un rendez vous annuel obligé pour tout amateur de
peinture désireux de se plonger au musée dans l’univers de Gustave Courbet. Des expositions sont aussi élaborées et menées régulièrement avec le pôle Courbet. Lors de l’hiver 2012, le musée a accueilli le patrimoine graphique
de l’Institut en présentant « Les Graveurs de Courbet ». Trois ans plus tard, place « au Retour de la Conférence, un tableau disparu ». Quant à la Ferme de Flagey, elle a servi d’écrin à « Acheter - Courbet » une exposition - dossier
dont l’Institut fut également co-commissaire (hiver 2023). On doit enfin mentionner « Devenir Courbet » la belle exposition initiée par l’Institut et présentée pendant l’hiver 2025 au musée d’Ornans


Et les priorités, les défis futurs de l’Institut Gustave Courbet ?
Nos priorités sont paradoxalement nos défis ! L’Institut souhaite s’adresser à un public de plus en plus large notamment grâce à notre site internet. En ce moment, nous poursuivons la numérisation des archives et de la documentation pour qu’elles soient ouvertes le plus possible aux historiens d’art et accessible en ligne. Notre ambition est, en étroite collaboration
avec le musée départemental et avec le soutien du Conseil départemental du Doubs, de faire rayonner l’Œuvre et la pensée de Gustave Courbet à l’échelle nationale et internationale.

Quels sont selon vous les principaux objectifs de l’Institut Gustave Courbet ?
Reprenant la mission de l’Association, ils sont de servir Courbet, sa mémoire et la compréhension de son œuvre. C’est ainsi que nous travaillons au sein d’un comité scientifique avec des chercheurs et historiens ; ils mettent en lumière des aspects méconnus de son parcours artistique. Nous concevons
et organisons plus que jamais des expositions,
à l’image de celle présentée au début de cette année à Hyères, à La Banque, musée des Cultures et du Paysage, et de celle qui se tiendra prochainement à Alençon, au musée des Beaux-Arts et de la Dentelle. En tant qu’ambassadeur de l’œuvre de Gustave Courbet, l’Institut s’associe également à la promotion du Département du Doubs et à sa politique de valorisation touristique et
d’attractivité du territoire. À ce titre, le logo du Département figure sur l’ensemble des supports de communication de nos expositions — affiches, dossiers de presse et catalogues. Nous publions des ouvrages de référence
et avons initié une collection Les Cahiers de l’Institut Gustave Courbet qui succède aux bulletins qu’avait créés dès 1947 l’Association des Amis de Gustave Courbet. Devenus de véritable espace de publications scientifiques,
ils permettent de faire émerger des découvertes inédites et de nourrir encore la réflexion autour de l’œuvre du peintre.

Et les priorités, les défis futurs de l’Institut Gustave Courbet ?
Nos priorités sont paradoxalement nos défis ! L’Institut souhaite s’adresser à un public de plus en plus large notamment grâce à notre site internet. En ce moment, nous poursuivons la numérisation des archives et de la documentation pour qu’elles soient ouvertes le plus possible aux historiens d’art et accessible en ligne.
Notre ambition est, en étroite collaboration avec le musée départemental et avec le soutien du Conseil départemental du Doubs, de faire rayonner l’Œuvre et la pensée de Gustave Courbet à l’échelle nationale et internationale.

Venons-en au Comité Courbet, singularité de l’Institut dans l’univers culturel national.
En effet, l’une des principales particularités de l’Institut Gustave Courbet est d’assurer sans cesse sa position d’expert internationalement reconnue de l’œuvre du peintre. Elle le fait aujourd’hui par le biais du Comité Courbet qu’anime depuis 2016 Sébastien Fernier, représentant de la 3e génération Fernier au service de la mémoire de l’artiste. Il s’appuie sur une base considérable de connaissance autour du peintre et de ses œuvres, sur un réseau solide auprès de chercheurs et d’historiens, de collectionneurs et de partenaires du monde de l’art.

Au final, quel regard portez-vous sur le chemin parcouru depuis 1976 ?
En cinquante ans, l’histoire de l’Association, puis de l’Institut Gustave Courbet, jalonnée de chapitres parfois mouvementés, témoigne avant tout de la persévérance et du dévouement dont ont fait preuve des générations de passionnés voulant réhabiliter Courbet « en son pays ». Ces bénévoles motivés par des initiatives désintéressées ont ainsi entrepris un parcours extraordinaire pour créer un musée.
L’Institut Gustave Courbet tient à garder son autonomie, son agilité et son indépendance. Il s’agit là de son ADN ! Nous souhaitons à l’avenir poursuivre notre rôle de faire rayonner le peintre tant en France qu’à l’étranger aux côtés de fondations, de centres culturels et d’institutions officielles. Et en cela, nous sommes bien en phase avec Gustave Courbet
qui véhicula à travers sa peinture un esprit de liberté, d’audace et d’indépendance..



A l’origine du Musée Courbet à Ornans, l’Institut Gustave Courbet

La maison natale de Gustave Courbet à Ornans est mise en vente à la fin de l’année 1938. Deux journalistes, Abel Grandfils et Suzanne Peuteuil, alertent la presse et l’opinion. Le 6 janvier 1939, l’association des Amis de Courbet est alors créée « dans le but d’acquérir la maison natale de l’artiste à Ornans et de la transformer en musée ». Le peintre Robert Fernier en est le premier président.

« Nous savons qu’il faut beaucoup de temps, d’efforts, de dévouement et d’argent aussi- hélas ! - avant que nous puissions revenir inaugurer ce musée. Mais, nous savons, la vie elle-même étant une longue patience, que la ténacité, la volonté et la foi nous serviront grandement » écrivait alors Abel Grandfils, secrétaire de l’association.

Mais en 1939, faute de temps pour lever les fonds nécessaires à son acquisition, la maison devient la propriété d’un artiste lyrique de renom, Paul Romain de Casteras dit Romain Carbelly.

L'association décide alors de valoriser la mémoire de Gustave Courbet d'une autre manière. Le 23 juillet 1939, sous la présidence de Jules Jeanneney, Président du Sénat, la première exposition Courbet à Ornans est inaugurée dans les Salons de l'Hôtel de Ville. Robert Fernier, Président de l’association en assure le Commissariat.

Georges Pernot, député du Doubs et Robert Fernier lors de l’inauguration de la première exposition Courbet à Ornans.

1947 se révèle ensuite une année importante qui marque un tournant dans la réhabilitation de Courbet. Le combat continue pour honorer la mémoire de Courbet. Le 23 juillet 1947 est créé un musée temporaire réunissant 5 tableaux du peintre. René – Jean, critique d'art au journal Le Monde le baptise « Le plus petit Musée du Monde. ». Suscitant aussitôt l’enthousiasme, il attire beaucoup de donateurs comme Gaston Delestre, Louis Baille et Maurice Thomas. L'association rassemble aussi peu à peu une documentation qui comprend livres, lettres, manuscrits et photographies constituant la photothèque Courbet.

Le musée Courbet dans les salles de l’Hôtel de Ville d’Ornans

En septembre 1957, le Musée Courbet installé dans les salons de l'Hôtel de Ville d'Ornans s’agrandit de deux salles. Cette nouvelle étape permet d’organiser en 1962 sous le commissariat de Gaston Delestre une exposition regroupant des œuvres venues du Louvre, du Petit-Palais, des musées des beaux-arts de Montpellier, de Besançon, de Nancy, de Strasbourg, de Pontarlier, de Leeds, de Vevey et de Liège. Cette même année, on crée à Ornans un « spectacle lumière » éclairant les bords de la Loue et ses maisons anciennes, l’église d’Ornans et la sculpture du Pêcheur de chavots. Puis en 1966 a lieu l’exposition« Gustave Courbet ses élèves, ses amis » et en 1969 l’hôtel de ville accueille celle célébrant le 150ième anniversaire de sa naissance.

Vues de l’exposition « Gustave Courbet, ses élèves, ses amis », Hôtel de Ville d’Ornans, 1966

Toujours en 1969, la maison est de nouveau en vente. « La Société des Amis de Courbet, ne peut, une seconde fois, laisser passer en d'autres mains que les siennes cet immeuble chargé d'histoire où le plus illustre des peintres français du XIXe est né ; c'est pourquoi le Comité a décidé d'ouvrir une souscription parmi les membres de la Société, se réservant de l'étendre à l'échelon national, voire international. Il a, d'autre part, le projet de pressentir une vingtaine de peintres et sculpteurs de grande réputation pour qu'ils offrent une de leurs œuvres au profit de cet achat. Les œuvres seront vendues en décembre 1969 au Palais Galliera, à Paris, par l'intermédiaire de l'un des plus réputés commissaires-priseurs. »


Cette initiative revient à Georges Besson, collectionneur et critique d’art, qui mobilise pour l’occasion son réseau et ses amis artistes.

Répondent à l’appel : Lorjou, Dunoyer de Segonzac, François Desnoyer, Brianchon …Le Président Robert Fernier ne peut que se féliciter de la vente menée le 10 juin 1970 au Palais Galliera.

Georges Besson, critique d'art et Robert Fernier. Page de couverture du catalogue de la vente au Palais Galliera au profit de la société des amis de Gustave Courbet

Le 18 mars 1970, Francesco Malfatti di Montetretto, ambassadeur d'Italie en France, en présence de M. Gaston Palewski, ancien ambassadeur de France à Rome et Président du Comité France – Italie, a remis à l'association un chèque de 39 000 francs. Il correspondait à la recette des entrées enregistrées lors de l'exposition Courbet qu’avait organisée à la Villa Médicis à Rome le peintre Balthus, nommé plus tard en 1991 Président de l’Association.

Un bilan est alors dressé, l'association dispose d'une somme de 67 700 francs, qui ajoutée aux fonds déjà en caisse, permet l'acquisition de la maison. Vendue 49 000 francs en 1939, elle est cédée 60 ans plus tard par la veuve de Paul Romain de Casteras dit Romain Carbelly,129 000 francs.

« Mais comment avons-nous pu réussir cette opération, laquelle, aux soins de trop d'incrédules, paraissait utopique ? Simplement, parce que nous avions la foi, aimions Courbet dans son art et dans sa nature. Nous n'avons jamais désespéré d'atteindre le but que nous nous étions fixés au départ, et l'on nous a soutenus dans nos actions. » écrivit Robert Fernier.

Cette acquisition marque une étape importante, mais encore fallait-il lui donner vie. Le Département du Doubs apporta alors un soutien décisif en accordant à l’association une subvention exceptionnelle de 50 000 francs. Cette aide essentielle permit d’engager les premiers travaux d’aménagement et de restauration, rendant possible l’ouverture du musée au public. Par ce geste fondateur, la collectivité départementale s’associa durablement à l’œuvre entreprise par l’Institut Gustave Courbet, assurant à cette maison au bord de la Loue une vocation patrimoniale et culturelle au service de tous.

Epilogue

Le 10 sept 1971, Jacques Duhamel, ministre des Affaires culturelles, entouré des plus hautes personnalités du département du Doubs et de Suisse, ainsi que des représentants de la presse internationale et de très nombreux amis de Courbet inaugure le musée Courbet à Ornans au bord de la Loue. Une journaliste de l’ORTF lui posa cette question : « Quelle signification accordez-vous à l’inauguration de musée ? ». Le ministre Duhamel répondit : « En quelque sorte, c’est un retour, voilà vraiment Courbet chez lui, à Ornans, et vraiment chez lui dans sa ville natale. (….) Il est normal qu’il y ait un musée de fait dans sa ville natale. Il a fallu 33 ans pour y parvenir depuis que l’idée a été lancée. Aujourd’hui c’est fait et c’est admirable. »

Vers la pérennisation de l’action

Dans un souci de pérennité et de transmission, les fondateurs du musée firent ensuite le choix d’un geste profondément désintéressé : la cession du musée Courbet pour un franc symbolique, accompagnée de la donation des collections qui la constituaient (98 œuvres -dont 18 de Courbet – des objets et du mobilier). Conscients de la nécessité d’assurer l’avenir de l’institution qu’ils avaient patiemment édifiée, ils souhaitèrent confier cet héritage à une structure publique en mesure d’en garantir durablement le fonctionnement, l’entretien, l’enrichissement des collections et l’organisation d’expositions ambitieuses. Par cet acte de confiance envers la collectivité, ils inscrivaient leur action dans le temps long du service public. L’association, devenue Institut Gustave Courbet, demeura toutefois pleinement engagée dans la vie du musée, en assurant son animation scientifique et culturelle jusqu’en 2007 sous la direction de Jean-Jacques Fernier son conservateur, prolongeant ainsi l’esprit des fondateurs tout en accompagnant la transition vers une nouvelle étape institutionnelle.

L’Institut Gustave Courbet aujourd’hui

L’Institut se positionne aujourd’hui comme une société savante faisant la promotion de l’Œuvre de Gustave Courbet. Sa vocation est d’enrichir, développer et approfondir la connaissance de l’artiste, de sa vie et de son œuvre. Ses actions sont multiples : valoriser et montrer sa collection au travers d’expositions temporaires dont il assure le commissariat, éditer les Cahiers de l’Institut, revue annuelle d’histoire de l’art ; concevoir et rédiger des catalogues d’exposition ; animer les journées des copistes pour le musée d’Ornans ; organiser, numériser et rendre disponible ses archives historiques ; héberger le Comité Courbet qui est devenu l’autorité de marché sur l’attribution des tableaux à Gustave Courbet qui poursuit les travaux de Robert Fernier et Jean-Jacques Fernier.

Expositions coorganisées par L’institut Gustave Courbet depuis 2016 :

Centre d’art contemporain de l’abbaye d’Auberive (2016) : « Gustave Courbet et la nature, regards croisés avec des artistiques contemporains », LOCHES / Maison-Musée Lansyer (2016) : « Gustave Courbet s’invite chez Lansyer », SAINTES / Musée de l’Echevinage (2019) : « Gustave Courbet, une histoire intime », FLAGEY / Ferme familiale de Courbet (2019) : « Courbet / Isabey, le peintre et l’architecte », SAINT-CLAUDE / Musée de l’Abbaye, donations Guy Bardone - René Genis (2021) : « Gustave Courbet, l’école de la nature », TROUVILLE-SUR-MER / Musée Villa Montebello (2022) : « Gustave Courbet, de la source à l’océan », TOURS / Hôtel Goüin (2024) : « Courbet intime », ORNANS / Musée Gustave Courbet (2025) : « Devenir Courbet », HYERES / La Banque, musée des Cultures et du Paysage (2026) : « Gustave Courbet, du chant de la nature aux voix de la révolte », ALENÇON, Musée des Beaux-arts et de la Dentelle (2026) : « Gustave Courbet, une nature engagée ».

Le Comité Courbet, créé en 2016, continue de mettre à jour le catalogue raisonné de l’artiste et émet des avis sur œuvres reconnus de manière exclusive par le marché international de l’art, fort de 80 ans d’expérience et de plus de 5 000 dossiers d’œuvres référencées.

Le patrimoine privé de l’Institut Courbet comprend 1 000 œuvres et documents (dont 39 œuvres de Gustave Courbet : 28 peintures, 10 dessins, 1 sculpture). Il se compose aussi d’une bibliothèque et d’un important fonds ancien d’archives, dédiés à l’artiste et ouverts aux chercheurs. Cet ensemble patrimonial conséquent permet de mieux appréhender l’artiste, son œuvre et l’influence qu’il a exercée à son époque, jusqu’à maintenant.

L’Institut Gustave Courbet est un partenaire scientifique et culturel privilégié du Musée Courbet à Ornans et du Conseil départemental du Doubs. Une convention pluriannuelle en définit les modalités et prévoit notamment le prêt d’œuvres pour le parcours permanent et les expositions temporaires du musée, l’accès aux archives de l’Institut, l’organisation des Journées des copistes ainsi que le co-commissariat de certaines expositions. Elle prévoit également le développement d’une collaboration documentaire destinée à faciliter l’accès aux ressources des deux institutions, ainsi que le soutien du Département du Doubs aux activités scientifiques de l’Institut, notamment les expositions proposées en dehors du musée d’Ornans.

Il y a 50 ans

En 2026, l’Institut Gustave Courbet fête les 50 ans de la donation au Département du Doubs du musée Gustave Courbet et de sa collection !

Un bel anniversaire !